Élodie Jolivet (Fondation de la Mer) : «Les avancées se font attendre, mais persévèrent»
En bref
- Chaque minute, 15 à 18 tonnes de déchets finissent dans l’environnement marin, avec une domination nette du plastique.
- La pollution plastique touche environ 700 espèces, dont une part significative est déjà menacée, et favorise aussi des espèces envahissantes.
- Pour la Fondation de la Mer, le grand enjeu n’est pas seulement de ramasser, mais de faire pivoter les comportements et la production mondiale.
- Des signaux internationaux existent : accord de l’OMC sur les subventions à la pêche (en vigueur depuis 2025) et traité BBNJ appliqué depuis janvier 2026.
- La première COP Océan attendue en 2027 doit transformer la prise de conscience en obligations concrètes.
Dans les conversations sur l’écologie, l’Océan a longtemps joué les figurants : on l’admire en photo, on le malmène en pratique. Puis, depuis 2025, le décor a changé. L’eau salée s’est invitée dans les débats politiques et le public a enfin compris que la protection des océans ne se résume pas à poster une vague au coucher du soleil. Au centre de ce tournant, Élodie Jolivet, directrice de la communication de la Fondation de la Mer, martèle une idée simple : les avancées existent, mais elles ressemblent à une marée lente—il faut de la persévérance pour voir la ligne bouger. Derrière la formule, il y a une réalité brutale : chaque minute, entre 15 et 18 tonnes de déchets basculent dans l’Océan, et le plastique représente l’immense majorité du problème. La difficulté, c’est que tout se tient : consommation, industrie, politiques publiques, et même ce mégot jeté “vite fait” sur le trottoir. Reste une question qui pique : comment passer d’une époque où l’on constate à une époque où l’on agit, sans se contenter de pansements sur une jambe de bois ?
Élodie Jolivet et la Fondation de la Mer : comprendre l’ampleur de la pollution marine
Le chiffre claque comme une portière : 15 à 18 tonnes de déchets par minute, soit l’équivalent d’un camion-benne qui ferait un plongeon permanent. Dans cette soupe, environ 85% relèvent du plastique, et ce n’est pas qu’une affaire de bouteilles flottantes. En se fragmentant, le matériau peut relarguer une multitude de substances : une “famille” chimique estimée à plusieurs milliers de composés, dont un grand nombre est associé à des effets toxiques documentés.
L’impact sur la biodiversité marine n’a rien d’abstrait : environ 700 espèces seraient affectées par cette pollution, et des évaluations relayées par de grandes ONG indiquent qu’une fraction non négligeable se trouve déjà en statut de menace. À ce tableau s’ajoute un détail digne d’un mauvais film d’aventures : ces déchets deviennent des radeaux, capables de transporter des organismes d’un continent à l’autre, facilitant l’arrivée d’espèces envahissantes et la circulation d’agents pathogènes. Résultat : la crise n’est pas seulement visible, elle est aussi microbiologique et silencieuse, donc plus difficile à combattre.

Du “ramassage héroïque” au déclic collectif : la mécanique des comportements
À première vue, les opérations de collecte peuvent donner l’impression d’une goutte d’eau dans l’Atlantique. Pourtant, c’est précisément l’intérêt du dispositif : provoquer un déclic. Quand un habitant d’une ville côtière ramasse une barquette alimentaire venue d’un autre rivage, il comprend que la mer est une autoroute sans péage et sans frontières, où les déchets voyagent mieux que certains trains régionaux.
La démonstration passe souvent par des exemples très concrets. Le mégot jeté sur la chaussée ne “disparaît” pas : il file dans les caniveaux, rejoint les réseaux d’eaux pluviales, puis termine sa course en mer. Cette chaîne, une fois vue, ne s’oublie plus. Et c’est là que la Fondation de la Mer insiste : le changement d’échelle ne se fera pas seulement avec des gants, des sacs et de la bonne volonté, mais aussi avec une révision des usages et une pression sur la production mondiale de plastique. Dans la bataille, la pédagogie devient une arme douce, mais redoutablement efficace.
Cette logique de bascule des habitudes se retrouve dans d’autres secteurs où l’impact environnemental se cache dans les détails techniques : un détour par les impacts écologiques des pneumatiques en Formule 1 rappelle à quel point la réduction des nuisances passe aussi par l’innovation et la régulation, pas uniquement par la culpabilisation.
Avancées et persévérance : ce qui bouge (enfin) dans la protection des océans
La tentation est grande de conclure à un manque de volonté politique. Le tableau est plus nuancé : certaines choses progressent, mais le tempo dépend d’alliances fragiles et d’un contexte international qui relègue souvent l’écologie au second plan dès qu’une crise géopolitique éclate. L’enjeu, c’est que les océans n’attendent pas la fin des conflits pour se dégrader.
Dans ce paysage, un jalon a marqué les esprits : l’accord de l’Organisation mondiale du commerce sur les subventions à la pêche, entré en vigueur en 2025 et adopté par plus d’une centaine d’États. L’objectif est clair : réduire les aides qui alimentent des pratiques destructrices et renforcer la lutte contre la pêche illégale. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est structurant : toucher au financement, c’est toucher au moteur.

BBNJ, COP Océan : quand le droit international rattrape la mer
Autre bascule : l’entrée en application, en janvier 2026, de l’accord BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction). En clair, il vise la biodiversité au-delà des juridictions nationales, là où l’océan ressemble trop souvent à une zone “open bar” : tout le monde passe, personne ne range. Ce traité ouvre la voie à une première COP Océan attendue en janvier 2027, un rendez-vous symbolique et juridique, avec l’espoir d’obligations renforcées et d’un cadre enfin robuste.
Ce qui se joue, c’est la capacité à transformer une prise de conscience en contraintes applicables. Les lois, dans l’histoire, ont souvent été le moment où les sociétés ont cessé de “vouloir” pour commencer à “faire”. Et si l’océan est devenu un sujet public depuis 2025, il reste à lui donner un mode d’emploi mondial. Dernier point qui fâche : l’environnement marin n’est pas un dossier isolé, il est pris dans les mêmes vents contraires que le reste de l’écologie, entre backlash, arbitrages économiques et bataille de priorités. À ce titre, la lecture sur la contre-réaction face à la montée de la prise de conscience écologique éclaire bien la difficulté à garder le cap quand le débat se durcit.
Soutien scientifique, terrain et développement durable : la boîte à outils qui évite le “panneau d’affichage”
Pour éviter que les engagements ne restent des slogans, la Fondation de la Mer met en avant une articulation simple : agir sur le terrain, outiller la décision, et mesurer ce qui marche. Le soutien scientifique est le garde-fou : sans données, la protection des océans devient un concours de bonnes intentions. Avec des protocoles de suivi (déchets, espèces, zones sensibles), les actions cessent d’être des coups ponctuels et deviennent des stratégies.
Dans un scénario très concret, un port pilote peut organiser une filière de collecte des déchets remontés par les filets, puis trier, orienter vers des filières de valorisation quand c’est possible, et documenter la typologie des objets récupérés. À la fin, le résultat le plus utile n’est pas seulement la tonne retirée, mais l’information : d’où viennent les déchets, quels produits reviennent le plus, quelles périodes sont les pires. Cette connaissance peut ensuite nourrir des politiques locales de réduction à la source, cohérentes avec le développement durable.
Pour garder le fil conducteur, une idée s’impose : la persévérance n’est pas une posture, c’est une méthode. Dans l’environnement marin, les “petites” actions prennent de la valeur quand elles s’additionnent, se mesurent et se répliquent. L’océan, lui, ne réclame pas des promesses, mais de la continuité.
Quelle est l’ampleur de la pollution marine décrite par Élodie Jolivet ?
Les ordres de grandeur évoquent 15 à 18 tonnes de déchets déversés dans l’Océan chaque minute, avec une large majorité composée de plastique. Cette pollution a des effets sur des centaines d’espèces et perturbe les écosystèmes de façon durable.
Pourquoi les programmes de ramassage ne sont pas “inutiles” malgré l’immensité du problème ?
Parce qu’ils déclenchent des changements de comportements et rendent visibles des chaînes de pollution souvent ignorées (ex. mégots, déchets qui voyagent). Ils servent aussi à produire des données utiles pour agir à la source, au-delà du simple nettoyage.
Quelles sont les avancées internationales récentes pour la protection des océans ?
Parmi les signaux cités : l’accord de l’OMC sur les subventions à la pêche, en vigueur depuis 2025, qui renforce la lutte contre certaines pratiques, dont la pêche illégale. S’ajoute l’entrée en application du traité BBNJ en janvier 2026, ouvrant la voie à une première COP Océan attendue en 2027.
Que signifie BBNJ et pourquoi ce traité compte pour la biodiversité marine ?
BBNJ vise la biodiversité au-delà des juridictions nationales, donc en haute mer. Il est important car il apporte un cadre juridique pour mieux encadrer la protection, la gouvernance et la création de mesures de conservation là où le droit était historiquement plus faible.


